Bluetran's Blog in Vietnam

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dimanche 4 mars 2012

Rencontre avec Anna Moi à la librairie française

Riz Noir Anna MoiIl y a quelques semaines, j'ai eu l'occasion de faire une double rencontre assez rare: celle d'un livre et de son auteur. Le livre s'intitule "Riz noir". Paru en 2004, ce premier roman, je l'avais tout de suite acheté au "chant des livres" à Plougastel. Cela correspondait à l'époque avec mon premier séjour comme médecin au FVHospital qui s'appelait alors Hôpital Franco-Vietnamien. En fait, après la lecture des premiers chapitres j'avais été déconcerté par la construction de l'histoire dont j'avais du mal à suivre le fil.

Riz Noir Anna MoiMais la rencontre d'Anna Moi à l'occasion d'une "causerie" à la librairie française de Saïgon, a changé ma vision du livre et m'a surtout donné envie de le relire et de me plonger dans cette période de l'histoire tourmentée de ce pays. J'ai donc effectué mes recherches "historiques" en parallèle avec la lecture du roman, en avançant à la même vitesse que l'histoire racontée par Anna Moi. Bien sûr il y a internet et l'immensité quasi galactique des informations accessibles même ici au Vietnam.
Mais il y a mieux que cela: les archives personnelles du paternel! Bien rangées au fond d'un placard, des dizaines de coupures de journaux allant du Monde à l'Humanité en passant par l'Express et Paris Match. On y trouve en particulier le numéro 1107 de Paris Match daté de juillet 1970, qui consacre sa rubrique "L'évènement" au bagne de Poulo Condor. J'aurais l'occasion d'y revenir plus tard car la visite de cet îlot rebaptisé "Con Dao" est déjà programmée pour le mois de mai.

Mme NhuEn attendant, revenons à Riz Noir et aux échos qui résonnent dans mon esprit à la lecture de ce livre: 1955, fin de la présence française et partition du Vietnam en deux de part et d'autre du 17ème parallèle selon les accords de Genève. C'est l'avènement du Président Ngô Dinh Diem au Sud Vietnam, tandis que Hô Chi Minh s'installe à Hanoi, capitale du Nord Vietnam. Mme Nhu, la "Dragon Lady", belle soeur du président et "première dame" de l'état, multiplie les déclarations fracassantes. Le "clan Nhu", issu d'une famille catholique de Hué, va progressivement s'attirer l'hostilité de la majorité bouddhiste et perdre le soutient du gouvernement américain.

Immolation d'un bonze L'année 1963 marque un tournant. Un jour de juin, un bonze venu du Hué en voiture s'immole sur un carrefour de Saïgon. Le 2 novembre le Président Diem est assassiné au lendemain d'un coup d'état, tout juste 3 semaines avant l'assassinat de Kennedy à Dallas.

Minh exécution L'année 1968 marque l'offensive dite du têt qui mettra Saïgon à feu et à sang pendant plusieurs jours. Un jeune homme accusé d'être un Viet Công est descendu en direct d'une balle dans la tête. La photo, prise par le photographe Eddie Adams au moment où la balle percute le crâne du jeune homme, fait la une des journaux du monde entier. La photo est devenue presque aussi célèbre que celle du soldat républicain espagnol de Robert Capa. Elle lui vaudra le prix Pulitzer.

Tous ces évènements j'en ai souvent entendu parler même si j'étais trop jeune pour en garder un réel souvenir. Mais il aura suffit de relire les pages de Riz Noir et de retrouver quelques coupures de journaux pour les faire resurgir. Je ne sais pas si je vous ai donné l'envie de parcourir ce livre car ce petit résumé historique ne reflète pas la teneur et le style d'Anna Moi, plein de couleurs et d'odeurs.

Pour en savoir un peu plus sur Anna Moï, écoutez cette interview de l'écrivain qui revient sur le chapitre de "Riz Noir" consacré aux femmes du bagne de Poulo Condor:

dimanche 19 février 2012

Câu Cá ơ Cà Ná Beach

Ca Na BeachCa Na BeachCa Na Beach
Chú Năm n'a pas eu besoin de venir frapper à ma porte. Dès 4h00, je l'attendais sur la plage. Une brise thermique s'était levée soufflant à environ 16 noeuds. Au bout d'une vingtaine de minutes, j'ai vu une lueur approcher. C'était lui avec sa lampe frontale. Il me fait signe d'embarquer avec son jeune fils Vũ âgé d'une vingtaine d'année. Je comprendrai par la suite cette décision justifiée par l'effort supplémentaire que demande ce deuxième passager. Il fait nuit noire et on aperçoit simplement les petites lueurs des lampes frontales de chaque pêcheur ça et là sur ce que l'on devine être l'horizon. Le vent nous porte rapidement à un demi-mille de la côte. A cette distance, cette brise côtière lève un petit clapot et je découvre avec surprise (et un certain soulagement) l'extraordinaire stabilité de ces petits paniers d'à peine 1,50 mètres de diamètre. Il faut tout de même écoper de temps en temps et Vũ, occupé à la godille, me charge de cette tâche que j'exécute de bon coeur à l'aide d'un bidon en plastique coupé. Au bout dune demi heure, nous arrivons de l'autre côté de la baie. C'est là que Vũ décide de laisser le filet se dérouler en se faisant porter par le vent qui souffle toujours. Je lui demande "Bao nhiêu mét". "Hai ngàn mét" me répond-il! Et c'est un fait que ce filet n'en finit pas de se dérouler alors que nous continuons à dériver poussé par le vent. Je commence à me dire qu'il va falloir redoubler d'énergie pour faire le trajet inverse à la simple force des bras de Vũ qui a vite compris que ma technique de godille "à la bretonne" n'était pas adaptée à notre latitude. Au bout d'une demi-heure, on arrive enfin au bout du filet et ce moment marque le signal pour remonter l'appareil de pêche à bord, là encore à la simple force des bras. Imaginez 2000 mètres de filet à remonter à la vitesse d'un mètre toutes les 2 secondes environ et vous comprendrez pourquoi il va nous falloir plus d'une heure pour remonter l'engin. Mais entre temps le jour c'est levé et la vue de ces petits poissons qui parsèment le filet ici et là nous donne du coeur à l'ouvrage. Vũ en profite pour me donner une leçon de vocabulaire en essayant de m'apprendre le nom des différentes captures (Cá Ngán & Cá Nhồng, en tout une demi-douzaine de variétés dont la plupart de dépassent pas 10cm de long). Je dois dire qu'entre les vagues, le vent, l'écope et la remontée du filet, je n'ai pas trop réussi à retenir la leçon.


Je me décide à sortir ma caméra numérique pour immortaliser ce moment car la luminosité est maintenant suffisante. Je vous laisse donc apprécier ces quelques minutes prises à la sauvette, entre deux vagues, en cette matinée du 28 janvier 2012 (si vous êtes sujet au mal de mer, je vous conseille de prendre un comprimé de Nautamine environ 30 minutes avant la séance). Moment inoubliable pour moi, mais la routine biquotidienne pour ces pêcheurs depuis la nuit des temps car cette technique de pêche n'a sans doute pas évolué depuis des siècles: bateau panier dénommé "thuyền thúng" ou "ghe thùng chài" fait de lames de bambou tressées recouverte d'une résine appliquée au pinceau, rame en bois attachée à la coque par une simple cordelette, une petite poutre en bois qui traverse le rafiot en guise de banc. D'un côté l'équipage (traduisez le pêcheur seul face à l'océan), de l'autre le filet. Pas de moteur, pas même de pagaie de rechange en cas de coup dur, pas de compas pour indiquer la direction à prendre (et je ne parle pas du GPS) et bien entendu pas de gilet de sauvetage ni de fusée de détresse. Ah si j'allais oublier: à un moment alors que nous commencions à relever le filet, j'ai vu Sũ enfiler un genre de sac en plastique en guise de ciré Cotten...


Vous l'aurez compris, ces pêcheurs sont des gens pauvres et simples. Mais une simplicité redoutablement efficace. Leur richesse à eux est ailleurs, dans ce style de vie à l'épreuve du temps. Dans cette fraternité et cette entraide que l'on perçoit à tout moment, lorsqu'il s'agit de descendre ou de remonter les bateaux, ou encore lorsqu'un autre bateau plus gros vient s'enquérir si tout se passe bien. Cette solidarité des gens de mer, chère à Jacques de Thézac et à ses "abris du marin" bien connus en finistère...
Bien plus tard dans la matinée, lorsque toute la flottille est revenue à terre, nous nous sommes retrouvés sur la terrasse de mon bungalow en famille, à déguster les plus belles prises de la matinée dont un poulpe de deux kilos qui est passé à la marmite après avoir vidé son encre de Chine dans cette mer du même nom...
Ca Na Beach
Je me souviens qu'il y a bien longtemps lorsque j'effectuais mon service militaire à bord du remorqueur de haute mer "Centaure" dans le golfe de Gascogne, j'avais assisté à une véritable guerre entre pêcheurs français et pêcheurs espagnols alors en conflit sur des techniques de pêche au thon très différentes. Rien de tout cela à Cà Ná, mais à quelques milliers de kilomètres de là, la tension est parfois vive entre pêcheurs vietnamiens et pêcheurs chinois. Comme quoi la solidarité des gens de mer, ici aussi a ses limites.
Ca Na Beach
Merci à Chú Năm et à son jeune fils Vũ de m'avoir permis de vous faire partager ce moment.

Pour en savoir plus sur ces incroyables bateaux panier consultez ce site: http://www.mandragore2.net/dico/lex...
Il faut cependant savoir que ces "basket boat" traditionnels sont en voie de disparition car ils sont progressivement remplacés par de vilains bateaux panier bleu en résine et fibre de verre, muni d'un petit moteur à hélice. Du coté de Phan Thiet, on peut voir désormais de véritable cimetières de thuyền thúng en bambou...
Ca Na BeachBasket boat vernissageBasket boat bambouBasket boat bambouBasket boat bambouBasket boat plastic

dimanche 12 février 2012

CanaBeach, all different...

CanabeachNon il ne s'agit pas -pour une fois- d'une malencontreuse faute d'orthographe portant sur la célèbre marque bretonne de surfwear, mais bel et bien du spot le plus incroyable qu'il m'ait été donné de voir ici. Petit retour en arrière en cette journée du 27 janvier.
Ca Na Beach
Je vous avais laissé au sommet des tours de Po Klong Garai près de Phan Rang mais il m'a fallu poursuivre ma route vers le sud, à la recherche de la prochaine étape avant Phan Thiet puis Ho Chi Minh. Me voilà donc reparti "on the road" sur cette fameuse route numéro 1 qui relie Hanoi à Saïgon sur près de 1700km. je commence à avaler les kilomètres qui relie les trois Phan (Rang-Ri-Thiet), lorsqu'abordant un virage, j'aperçois une petite plage que surplombe un restaurant de fruits de mer.
Le site me paraît idéal pour ma pause déjeuner: petite plage de sable blanc encadrée de rochers de granit façon "petite plage" près du "Goudoul" à Lesconil (pour les habitués du lieu). Il y a aussi un petit air de Corse avec les montagnes en arrière plan.
Ca Na Beach
Il y a même un genre de bar flottant, en réalité un petit îlot reconverti en terrasse avec quelques tables et une minuscule passerelle tendue par des cordes pour y accéder. Prière de consulter la météo marine locale avant de réserver. En discutant avec le gérant j'apprends qu'il a aussi quelques bungalows en bordure de plage et qu'il y en a un qui vient de se libérer. C'est décidé, je passe la nuit à Cà Ná beach, puisque j'apprends que c'est ainsi que s'appelle ce petit bijoux. Un signe du destin?
Ca Na Beach
Alors que le soleil commence à décliner j'aperçois quelques pêcheurs qui s'apprêtent à mettre à l'eau les fameux bateaux paniers que vous avez déjà eu l'occasion de croiser ici et là au fil des pages de ce blog. Ces bateaux sont tantôt utilisés comme annexe pour de plus grosses unités tantôt comme embarcation rudimentaire pour la pêche au filet ou à la ligne. Certains d'entre vous les ont peut-être croisés à Brest 2008 lorsque le Vietnam fut l'un des invités d'honneur de la célèbre fête nautique.
Ca Na Beach
Dans la soirée les voilà de retour. Après leur avoir donné un coup de main pour remonter leurs embarcations en haut de la plage, je commence à sympathiser avec ces pêcheurs et me retrouve tout naturellement à la tombée de la nuit à partager avec eux des poissons grillés au feu de bois à même la plage, le tout arrosé de quelques "Tiger". Un délice: sans doute le meilleur restaurant de poisson qu'il m'ait été donné de goûter, et certainement le meilleur rapport qualité-prix. Et surtout un moment simple de fraternité avec des gens que je connais à peine. Je leur explique que j'ai grandi en France dans un petit port de pêche au milieu des bateaux et des pêcheurs. Ils sont sans doute un peu surpris de voir un étranger "Bac Si" s'intéresser à leur mode de vie. D'ordinaire seules quelques familles de passage entre HCM et Nha Trang s'offre une courte escale à Cà Ná. Les touristes étrangers lui préfèrent Mui Né, avec ses luxueux Resorts et ses bars branchés.
Le discussion se poursuit tard dans la nuit, facilitée par un Viet Qieu américain (traduisez Vietnamien d'outre mer). Finalement à 22h il est temps d'aller se coucher car mes amis d'un soir sont des lève-tôt. Demain matin à 4h30 ils repartiront en mer pour profiter du passage matinal des bancs de poissons près de la côte. Je demande à Châu Năm, le patriarche, s'il embraque des gens de passage le temps d'une partie de pêche avec eux. "Pas de problème si tu arrives à te lever, sinon je vendrai frapper à la porte de ton bungalow" me répond t-il avec un sourire. Rendez-vous est pris...

samedi 11 février 2012

Descente vers Phan Rang, en pays Cham.

Dalat-Phan Rang
Je quitte donc la fraîcheur de Dalat ce vendredi 27 janvier pour regagner la côte du côté de Phan Rang en pays Cham. La route emprunte le tracé d'une des première voie de communication construite en 1920 à l'époque de l'Indochine. On abandonne le plateau du Langbian pour redescendre vers une vaste plaine où l'on retrouve un peu les paysages du delta avec ces rizières à perte de vue. Première déconvenue, cette route de montagne est en très mauvais état et seuls les mobylettes et quelques 4x4 parviennent à passer.
Dalat-Phan RangVers Phan Rang
Pas de problème cependant pour ma Yam YBR dont je découvre les qualités au fur et à mesure des étapes. Ambiance Paris-Dakar avant de rejoindre la plaine 1000 mètres plus bas. Dans un virage, je retrouve les mêmes vendeurs ambulants qu'il y a 6 ans avec les mêmes Vé Sinh improvisés à flanc de montagne. Vu d'en haut, le panorama sur la plaine de Phan Rang est superbe. A mi chemin on croise une énorme canalisation qui se termine par une centrale hydro-électrique.
Vers Phan RangVers Phan Rang
Ensuite c'est une longue ligne droite vers Phan Rang avec de part et d'autre le vert clair des rizières à perte de vue. Ca et là je croise des troupeaux de vaches et de moutons, gardés par de jeunes bergères. Des moutons au Vietnam! Mais comment font-ils pour supporter la chaleur avec leur manteau de laine?
Dalat-Phan RangDalat-Phan Rang
Dalat-Phan RangDalat-Phan Rang
Vers midi j'arrive donc à Phan Rang. Plus exactement à Po Klong Garai, le site historique d'un des plus célèbres temples Cham de la région (avec celui de Po Nagar à Nha Trang: voir billet du 16/10/2009).
Po Klaung Garai
La région fut en effet dominée par cette civilisation d'origine Hindou et qui connue son apogée vers le Xème siècle avant d'être tour à tour envahie par les Khmers puis les Viets du Đai Viêt. Il reste aujourd'hui quelques vestiges de cette époque dont le fameux site de Po Klong Garai, très bien conservé, avec ses tours qui ressemblent un peu à ce que l'on peut voir à Angkor mais entièrement construit en briques rouges.
Po Klaung GaraiPo Klaung Garai
A l'intérieur de la tour principale, se trouve une chambre noire dont l'intérieur est entièrement occupé par un autel sur lequel les fidèles ont entreposé des offrandes et des baguettes d'encens qui se consument en dégageant une forte odeur. Ambiance mystique avec cette fumée et cette suif qui tapisse les murs intérieurs sur lesquels sont gravées des inscriptions en Sanskrit. Bien loin des vespas roses et des cygnes-pédalos de Dalat...
Po Klaung GaraiPo Klaung GaraiPo Klaung Garai

Le Champa vous intéresse? http://www.efeo.fr/Expo%20Cham/accu...

mercredi 8 février 2012

Đa Lạt, sur les traces du dernier empereur

Dalat
Un peu de fraîcheur: ce matin, après cette première nuit chez l'habitant, il ne fait que 10°c au thermomètre (je sais bien que c'est un peu indécent par ces temps de grands froids sur le vieux continent). Je me réjouis d'avoir pris soin d'emporter la polaire "North Face" et profite de l'heure matinale pour aller vagabonder autour du petit lac artificiel avec ses pédalos en forme de cygnes qui rajoutent au caractère "kitch" de cette station d'altitude. Đa Lạt, située à 1500m d'altitude mérite bien sa réputation de "honey moon city" du Vietnam. Située sur le plateau du Langbian, le site fut découvert en 1893 par Alexandre Yersin, dont je vous ai déjà parlé au sujet de la peste. A l'époque il lui fallut plusieurs semaines pour relier la côte de Nha Trang à cette région reculée peuplée par les Lạts, une ethnie montagnarde. Aujourd'hui on peut faire le trajet en quelques heures de moto.
DalatDalatInstitut Pasteur DalatInstitut Pasteur Dalat
Dès 1907, les premiers colons français y installent des hôtels, des villas dans le style des chalets Alpins, une gare, un collège, et -Yersin oblige- un institut Pasteur toujours en activité.
Bao Dai villaBao Dai villaBao Dai villaBao Dai villaBao Dai villaBao Dai villa
C'est aussi à Đalạt que Bảo Đại, 13ème et dernier empereur du Vietnam, fit construire une de ses nombreuses résidences (il en existe aussi à Nhatrang ainsi qu'à Dak Lak vers les hauts plateaux). Celle-ci a conservé son style art déco avec tout le mobilier années 40.
Bao Dai villaBao Dai a définitivement fuit le Vietnam en 1955, après avoir été destitué, peu après la débâcle du corps expéditionnaire français à Dien Bien Phu et les accords de Genève qui coupaient le pays en deux de part et d'autre du 17ème parallèle . Il est mort en 1997, presque dans l'anonymat à Paris, bien loin de sa villa à Dalat. Pour l'occasion, il paraît que les autorités du Vietnam communiste avaient envoyé une couronne de fleurs!
Aujourd'hui, des cars entiers de Vietnamiens viennent visiter la résidence d'été de l'empereur et se faire prendre en photo dans le parc où des genres de Mickey en peluche posent pour quelques dongs à vos côtés. Ce jour là, une exposition de Vespas fleuris venait rajouter encore au côté rétro du lieu.

Pour en savoir plus sur Dalat (en anglais): http://www.vietscape.com/travel/dal...
Biographie de Bảo Đại: http://fr.wikipedia.org/wiki/B%E1%B...

mercredi 1 février 2012

On the road

La vie a donc repris son cours après le têt. Pour des milliers de Vietnamiens, ces quelques jours furent l'occasion de retourner dans leur province d'origine, parfois très éloignée de leur zone de résidence.
Carte Dalat-Phan Rang
Pour ma part, ayant 4 jours de repos, j'avais décidé de suivre ce flux migratoire en direction de Dalat-Phan Rang-Phan Ri-Phan Thiet. Pour ce faire j'avais opté pour le moyen de transport le plus pratique ici: la moto. Bien entendu, cela a demandé un peu de préparation-souvenez vous du billet motard d'un jour, motard toujours, publié le 26 aout 2009, alors que je n'avais pas encore quitté ma Bretagne natale- car le périple fait tout de même plus de 800Km avec deux cols à passer et un altitude de 1500m sur le plateau du Lan Bian avant de redescendre vers la plaine de Phan Rang, en pays Cham, et longer la route nationale n°1 qui descend vers Ho Chi Minh.
Ma Yamaha YBR 125
Pour cela, il m'a d'abord fallu changer ma monture et troquer ma mobylette Taurus, (très pratique pour se faufiler dans le trafic à HCM, mais un peu light pour la route) pour une vrai moto Yamaha YBR 125cc. Pas trop puissante donc, mais suffisamment tout de même pour avaler des étapes de plus de 300Km (distance HCM-Dalat du premier jour). Ensuite il y a eu 3 mois d'apprentissage dans les rues d'HCM pour dompter l'engin (embrayage main gauche) et pouvoir affronter la route. La dernière phase de la préparation a consisté à définir l'itinéraire sur carte (pas de GPS au Vietnam) à m'entourer des avis de mes collègues Vietnamiens qui connaissent cette région comme leur poche. Ainsi Ha m'avait appris quelques expressions pour demander mon chemin: Dalat ơ đâu? et Thach habitant la région pouvait me servir de repli en cas de coup dur. Le choix de la saison sèche me mettait à l'abri des pluies diluviennes de la mousson.
Dau Giay
Me voilà donc parti jeudi matin à la fraîche afin de pouvoir arriver à Dalat en fin d'après-midi. Toi nhí một chúc, petite pause de 20 minutes toutes les 2 heures pour soulager les fessiers. La sortie de HCM est toujours un peu chaude étant donné la densité du trafic mais je suis finalement arrivé sans encombre à la bifurcation de Dầu Giây où l'on quitte la route nationale AH1 pour la QL20 qui rejoint, 230Km plus loin, Dalat situé sur le plateau du Lan Bian. Premier constat, il y a très peu de signalisation sur les routes Vietnamiennes, et le nom des bourgades ou même des villes traversées n'est que rarement indiqué. Seules les bornes kilométriques rouges et blanches (vestige de l'époque coloniale) permettent de savoir que vous êtes sur la bonne voie.
Bobla falls Di Linh
J'arrive vers midi à Madagui (étape à mi-chemin entre HCM et Dalat), le parc où se déroule tous les ans le "Madagui trophy" dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler. Pause d'une heure pour se restaurer et relaxer un peu mes fesses. Les familles vietnamiennes venues en nombre en ce dernier jour du têt, donnent à ce lieu d'habitude si calme, un air de Disney Land. Je repart pour la dernière partie qui sera la plus dure de tout le périple. Le premier col est franchi sans trop de problème, s'ensuit un long plateau qui n'en finit pas. Je fait une dernière pause à Di Linh pour admirer les chutes de Bobla avec leur éléphant en béton!
Dalat
La dernière portion étant rendue difficile par la multitude de cars, minibus et toujours ces dizaines de mobylettes. Je commence à me dire qu'il va falloir trouver de quoi loger tout ce petit monde qui converge au même endroit. La ville est devenue au fil des années, la station kitch du Sud-Vietnam et je ne me fait donc pas trop de souci pour trouver une nuitée dans une des nombreuses Ngha Nhi, ces petits motels en bord de route. Première constatation: il fait froid! On m'avait prévenu mais ça fait toujours drôle d'enfiler la polaire alors qu'il y a encore 2 heures j'étais en bras de chemise. Après une heure de recherche infructueuse, et alors que la nuit est maintenant tombée, il faut me rendre à l'évidence: il n'y a plus une seule chambre de libre sur toute la ville. Je me résous donc à appeler Thach. J'expérimente donc pour la première fois la fameuse expression "J'irai dormir chez vous" chère à Atoine de Maximy, ce célèbre globe trotter caméraman. Hospitalité Vietnamienne oblige: Anh ăn cơm chửa? On me propose de partager le diner. J'essaye de baragouiner quelques mots de Vietnamien histoire de meubler un peu . Comme personne ne parvient à communiquer efficacement avec moi, on me propose d'aller boire un café en ville avec un membre de la famille qui parle français. Malgré la fatigue, j'accepte et on se retrouve donc à la terrasse supérieure d'un hôtel-bar-karaoké dont les Vietnamiens rafolent. Mon unique interlocuteur de la soirée est donc un professeur de langue à la retraite qui parle un français impeccable. Il continue à pratiquer la langue de Molière grâce à différentes ONG dont il sert d'interprète et même pour Canal+ qui fait régulièrement appel à lui lorsque ses équipes de tournage viennent faire des reportages au Vietnam. Il a pu ainsi partir dans les hauts plateaux du centre à la recherche de l'éléphant sauvage!
Comme je lui faits part de mes problèmes pour apprendre sa langue, il me donne littéralement un cours de linguistique Vietnamienne, en m'expliquant que la plupart des professeurs ne savent plus enseigner le Vietnamien. Ainsi le mot "an" (la paix) et le mot "ăn" (manger) ne se distinguent non pas par une différence dans le son A (comme le sous entend le signe inversé au dessus de "ăn") mais par le caractère long ou court de la consonne finale: long dans "an" mais court, presque bloqué dans la gorge dans "ăn". Vous me suivez?
Soirée un peu magique donc, au sixième étage de ce bar karaoké où j'ai simplement regretté de ne pas avoir pris mon enregistreur numérique pour mieux vous faire partager ce moment insolite.

lundi 23 janvier 2012

Chúc Mừng Năm Mới, Bloavez Mad, Happy new year, Bonne année: deuxième

Dragon YearCa y est, nous sommes rentré depuis quelques heures dans la nouvelle année du calendrier lunaire. Cette fois-ci placée sous le signe du Dragon. C'est l'occasion comme tous les ans, de célébrer cet évènement avec mon équipe des urgences de l'hôpital FV. Au menu les fameux Banh Têt, ces gâteaux de riz gluant fourrés d'oeuf et de viande ainsi que les Banh Chuối, la version fourrée à la banane. L'occasion aussi de distribuer la "Lucky money" sensée vous apporter le bonheur et la richesse durant un an.
Dragon Year
J'en profite donc pour vous souhaiter une excellente année du Dragon. C'est un animal légendaire et mythique, plein de puissance. Bonne année à toutes et à tous.

Chúc Mừng Năm Mới

Dragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon YearDragon Year

mardi 17 janvier 2012

Histoire de famille: Lê Thi Hiêp racontée par Co Ut

Ce weekend, j'avais donné rendez-vous à Co Ut, littéralement ma "dernière tante", sur les berges de la rivière de Saïgon. Je vous plante le décors: dans le jardin d'une villa-restaurant à deux pas de la rivière, on savoure quelques mets vietnamiens tout en regardant les chaloupes remonter le fleuve.

Lê Thi HiêpAu bout d'un moment la conversation se porte sur Lê Thi Hiêp, la deuxième épouse de mon grand père, ma grand-mère donc. Pour ceux qui ont manqué l'épisode précédant, se référer aux billets du 4 et du 11 décembre dernier. Je vous rappelle que nous avions laissé mon grand père alors qu'il fuyait la peste dans région de Phan Thiet qui venait d'emporter sa première épouse Lê Thi Dâ et une de ses filles.
On le retrouve quelques années plus tard, remarié avec une belle jeune fille de 10 ans sa cadette, fille d'un paysan de Bien Hoa, habitant sur l'autre rive du fleuve Dong Nai.

Il n'existe à ma connaissance que deux photographies de ma grand mère, probablement prises peu après son mariage vers l'âge de trente ans. La photo ci-dessus a sans doute été prise par un photographe professionnel. Lê Thi Hiêp a revêtu pour la circonstance, la fameuse tunique en soie appelée Ao Dai (prononcez Ao Zaï), ainsi que les bijoux de famille. Notez les chignons à l'arrière de la tête. Je vous laisse admirer ses traits si typiques des femmes "annamites".
Lê Thi HiêpSur sa pierre tombale à Bien Hoa, on peut lire sa date de décès le 18 mai 1940 à l'âge de 53 ans, sans doute l'espérance de vie normale pour une femme à cette époque au Vietnam. Co Ut rapporte qu'elle succomba à un accès de dysenterie dont elle était sujette. Peut-être une amybiase, encore si courante de nos jours. Son mari ne lui survivra que deux ans, emporté par une crise de hoquet, selon la version de Co Ut (là j'ai quand même quelques doutes), et toute la "double fratrie" va se retrouver orpheline. Mais c'est une autre histoire.


Co Ut interviewBien qu'âgée de 89 ans, Co Ut conserve une mémoire assez vive qui lui permet d'évoquer ses souvenirs d'enfance. Derrière sa petite voix et ses intonations presque musicales, je vous laisse l'écouter évoquer le souvenir de sa mère et de son père. Petits passages mémorables à propos des enfants "cachés" du premier mariage et du hoquet fatal de mon grand-père déclenché par les durians. je savais déjà que ces fruits typiques du Vietnam avaient des propriétés odorantes particulières, mais de là à penser qu'ils pouvaient entrainer la mort autrement que par asphyxie!?


Cliquez sur le triangle bleu ci-dessous pour commencer l'interview

mardi 10 janvier 2012

Mékong Récupération

Tri sélectif
Je ne vous ai jamais caché mon attirance pour cette partie du Vietnam qu'est le delta du Mékong. Vous avez déjà pu faire connaissance avec ces paysages et ce peuple lors des billets publiés en mars et avril 2010. Lorsqu'il y a un mois, une de mes collègues originaire de la région m'a proposé d'y retourner le temps d'un petit weekend, je n'ai pas hésité une seconde. Rien de tel en effet, pour sortir des sentiers battus, que de se laisser guider par les habitants des lieux.
Tri sélectif
Direction la ville de Tan Chau, à une trentaine de kilomètre de Chau Doc et de la frontière Cambodgienne. Réveil matinal pour profiter de la luminosité du soleil levant et de la fraîcheur toute relative. Première surprise agréable, une brise "marine" souffle sur le fleuve et sur la ville. Je longe les quais pour arriver à une cale qui sert d'aire de débarquement aux chalans. Là j'assiste à un étrange ballet.
Tri sélectif
Une longue barge est amarrée au quai et des hommes font des vas-et-viens incessants avec de gros ballots sur leurs épaules. En m'approchant, je m'aperçois qu'il s'agit de toutes sortes d'objets en plastique de récupération qui ont été concassés les uns contre les autres pour former des sortes de gros cubes de près d'un mètre de coté.
Tri sélectif
Même si ce ne sont que des bouteilles de plastique, ils peinent à avancer contre le vent violant. Ces dockers de fortune mettront toute la matinée pour débarquer la cargaison. A l'autre bout de la chaîne, les paquets de bouteilles sont ensuite chargés sur des "Xe Loi" direction je ne sais où...
Xe Loi

Il parait que des chercheurs ont mis au point récemment un nouveau matériau de construction à base de bouteilles en plastique récupérées. Ces nouvelles "briques" ont, paraît-il, des propriétés d'isolation intéressantes qui en feraient une solution alternative pour la construction de maisons individuelles...

jeudi 5 janvier 2012

Le Vietnamien pour les nuls (leçon 4): Toi học tiến Viêt (baì bốn)

Puisque certains d'entre vous semblent douter de mes capacités à apprendre la Vietnamien, voici la preuve en vidéo. D'accord, vous l'aurez compris, la prononciation laisse un peu à désirer mais l'important c'est de se "jeter à l'eau" comme on dit. C'est donc ce que j'ai fait il y a 3 semaines lors d'un déplacement avec quelques collègues dans le delta du Mékong.

Comme vous pourrez le constater, j'ai encore un peu de mal à me faire comprendre et mes tentatives déclenchent parfois des réactions inattendues. Tendez bien l'oreille, et essayez de reconnaître ces quelques phrases tirées de mes premières leçons. Si vous parvenez à deviner le surnom qui m'a été donné par mes compagnons alors vous gagnerez une croisière pour deux personnes à bord de cette jonque.

  • Em tên là gì?
  • Tôi ten là Tang.
  • Em là người Viêt phải không?
  • Da, phải.
  • Em bao nhiêu tuổi ?
  • Hai mười bỗn.


  • Chào em.
  • Em khoẻ không?
  • Hi hi hi...

samedi 31 décembre 2011

Chúc Mừng Năm Mới, Bloavez Mad, Happy new year, Bonne année

Ao Dai Girl 01Ao Dai Girl 01Ao Dai Girl 01
Merci d'être venu si nombreux consulter les pages de ce blog en 2011, en espérant que vous retrouver tout au long de cette nouvelle année 2012.

Bluetran

mercredi 21 décembre 2011

Xe Loi, l'autre version du cyclo-pousse du delta du Mékong

Xe Loi
Je vous ai déjà parlé des différents types de transports que l'on peut croiser un peu partout en Asie du Sud-Est. Ca va du classique cyclopousse relégué comme attraction touristique dans les rues de Saïgon ou de Hội An, jusqu'au "Tuk Tuk" Cambodgien.
Xe Loi
Ces modes de transport ont constitué pendant longtemps le seul moyen de déplacement pour les gens qui ne possédaient pas de bicyclette ou qui étaient trop âgés pour pédaler. Ainsi à la fin des années 80, les rues de Saïgon étaient-elles encore remplies de ces cyclopousses qui faisaient alors office de taxis et qui se disputaient le pavé avec des milliers de bicyclettes (je vous laisse imaginer le silence et l'air pur). Le Vietnam sortait de 30 années de guerre et était encore sous embargo international. C'était avant l'ère des mobylettes qui ont maintenant littéralement envahi les rues des villes et des campagnes.
Xe Loi
Pour retrouver un peu de cette ambiance surannée, il faut s'éloigner de la mégalopole du sud. Direction la province d'An Giang dans le delta du Mékong, à quelques kilomètres de la frontière Cambodgienne. La ville de Tân Châu est assez typique des villes de la région: adossée à l'un des neuf bras du Mékong (les fameux neuf dragons), c'est une agglomération qui vit au rythme du fleuve avec ses bacs qui y font d'incessants aller-retours et ces chaloupes chargées de produits en tout genre.
Xe LoiXe LoiXe LoiXe Loi
On y trouve bien sur son marché et son marchant de riz avec qui vous avez déjà fait connaissance. On y découvre aussi de larges avenues que sillonnent d'étranges carrioles tirées par un vélo: les fameux "Xé loi" qui tiennent plus du Sulky ou du Rickshaw que du classique cyclopousse.
Xe LoiXe LoiXe LoiXe Loi
Ce mode de déplacement est typique de cette région du delta, et ne se rencontre nulle part ailleurs au Vietnam. A Tân Châu, ils servent aussi bien de moyen de locomotion pour la population locale (Ici il n'y a pas de touristes qui lui préfèrent Châu Doc, un peu plus à l'Ouest) que de transport de marchandises avec également une version motorisée.
Xe LoiXe LoiXe LoiXe Loi

Mais il n'y a pas que les êtres humains et les marchandises qui peuvent bénéficier des Xé Loi. Témoin cette photo prise "à la sauvette" l'année dernière à Châu Doc et qui fera la transition avec le prochain billet...

Xe Loi Héo

dimanche 18 décembre 2011

Riz blanc, Riz noir: le Ying et le Yang

Riz noir
Le riz, aliment de base des Vietnamiens, est partout dans la cuisine Vietnamienne. On le retrouve accompagnant la plupart des plats traditionnels comme le Thịt Kho, le porc au caramel. Mais on le mange également le matin dans le bol de phở à base de pâtes de riz, ainsi que sous forme de galette avec lesquelles on confectionne les fameux rouleaux de printemps. Il y a aussi toute sorte de "gâteaux" à base de riz et de viande, que l'on mange enveloppé dans une feuille de bananier (Bánh tét), où encore ces pyramides de riz gluant (Bánh ú). Enfin il y a la fameuse "soupe de riz" connue sous le nom de cháo (prononcez "Tiao"), que j'ai pris l'habitude de prescrire pour les nombreux patients victimes de la tourista...

Riz blancManger du riz (cơm) est devenu tellement naturel, que le verbe "manger" se dit aussi bien "ăn" que "ăn cơm". Autre détail significatif, le mot riz qui en français signifie aussi bien la plante, la graine ou la céréale cuite, est traduit en Vietnamien par trois mots différents: 1) lúa: la plante qui pousse dans les rizières, 2) gạo: la graine que l'on achète par kilos au marché (photo ci-contre). 3) cơm: la céréale cuite que l'on mange dans un bol avec des baguettes. Preuve s'il en était de l'importance du riz dans la vie quotidienne des Vietnamiens.

Riz noirRiz noir
Mais le riz est aussi une source de problèmes. Même si dans le vaste delta du Mékong, on peut faire jusqu'à trois récoltes par ans, les cultures sont menacées par la montée du niveau de la mer et l'augmentation de la salinité de l'eau qui en découle. Les projets de barrages en amonts du Mékong risquent également de poser de sérieux problèmes (relire à ce sujet mon billet "Save the Mekong"du 18 mai 2011). Enfin les variations du cours du riz (qui nourrit un être humain sur deux) sur les marchés internationaux ont été à l'origine d'une grave crise en 2008. Le Vietnam, en tant que deuxième producteur mondial après la Thaïlande, en fut un acteur majeur (lire "Main basse sur le riz" de Jean-Pierre Boris aux éditions Fayard).

Riz noir
Merci à ce vendeur de "gạo" du marché de Tân Châu dans la province de An Giang, qui, dimanche dernier, m'a laissé prendre son échoppe en photo pendant au moins 10 bonnes minutes, sous le soleil matinal.
Pour information, le prix du kilo de riz blanc était noté 23.000 đong (environ 0,80€) ce jour là au marché de Tân Châu. Combien achetez vous ce même kilo dans votre supermarché en France, après transport et conditionnement?

Riz Indochinois
Classification botanique des différentes variétés de riz cultivées en Indochine en 1917 (avec leur traduction en Vietnamien, Lao et Cambodgien), selon le "Catalogue des produits de l'Indochine" tome 1er, produits alimentaires et plantes fourragères, Ch. Crevost & Ch. Lemarié, imprimerie d'extrême Orient, Hanoi, 1917.

dimanche 11 décembre 2011

La peste à Phan Thiet au début du siècle...

Première épouseMes recherches personnelles à propos du décès de Lê Thi Dá, la première épouse de mon grand-père, confirment la version officielle. La peste a bien sévi dans la région au début du XXème siècle. Phan Thiet était un foyer endémique de la maladie, comme en témoignent les quelques lignes suivantes tirées du bulletin de la Société de Pathologie Exotique de 1917:
Importée probablement par une jonque venant de Saigon, la peste a débuté dans la région de Phan-Thiêt au printemps de 1908 pour gagner progressivement tout le littoral du Sud-Annam où elle sévit par intermittence depuis 8 ans, faisant de nombreuses victimes dans la population.La peste du Sud-Annam. Bail. Soc. Path. exot., t. X, janvier 1917, pp. 41-65.

Plus troublant encore, ce témoignage de Clara Malraux, en voyage dans la région avec son mari André quelques années plus tard:
A Phan Thiêt, enterrer les hommes semble être la seule activité humaine. Mais la mort ainsi vue ne me fit pas peur; elle m'apparut comme au théâtre. Et quand on me dit : « La peste! », j'accueillis le mot avec simplicité(...) Maintenant elle est là, s'étale devant la maison comme l'eau vue du balcon d'une demeure Vénicienne.. Le bruit de nos pas : les combats et les jeux, Clara Malraux, Grasset 1969, p97.

Alexandre YersinIl faut rappeler qu'une quinzaine d'années auparavant Alexandre Yersin avait réussi à isoler le bacille qui portera son nom et Paul-Louis Simon avait démontré le passage du bacille du rat à l'homme par la piqûre des puces. En ce qui concerne le traitement, on restait très démuni puisque, mis à part quelques tentatives de sérothérapie par ces même Pasteuriens, on ne connaissait pas encore les antibiotiques. Les tentatives de vaccinations menées quelques années plus tard par un autre Pasteurien, le Russe Waldemar Haffkine, se solderont aussi par un échec...



Le Thi DaPlusieurs années après sa mort, les restes de Lê Thi Dá seront rapatriés à Bien Hoa où elle repose depuis à la gauche de mon grand père, comme sur l'autel des ancêtres. Sur sa pierre tombale on peut lire quelques inscriptions (qu'il me faut encore déchiffrer) mais pas de date de naissance ni de décès. On peut imaginer que si sa première épouse n'était pas décédée si jeune de ce terrible fléau, mon grand-père ne se serait sans doute pas remarié, et je ne serais donc pas là aujourd'hui pour vous raconter cette histoire qui de toute façon n'existerait pas...

dimanche 4 décembre 2011

Retour à Biên Hòa, le berceau familial

Bien Hoa
Le village de Biên Hòa était autrefois une bourgade située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Saïgon. C'est de nos jours une zone urbaine qui ne se différencie de la mégalopole que par le franchissement du fleuve Đồng Nai qui a donné son nom à la province. Aujourd'hui j'y ai rendez-vous avec mon cousin Nghia pour une visite de la maison familiale et du tombeau des ancêtres. C'est comme cela que l'on nomme les membres de la famille décédés.
Bien Hoa
Dans les croyances vietnamiennes, l'âme du défunt survit après sa mort et protège sa descendance. Il est donc de la plus haute importance de vénérer les ancêtres. Cela prend la forme d'un véritable culte qui répond à un rituel bien établi. Régulièrement, on vient déposer des offrandes sur leurs tombeaux. Cela va des traditionnels fruits vietnamiens, jusqu'aux biscuits en tout genre (galettes de Pont Aven pour l'occasion). On peut même offrir une petite coupe de vin.
Bien HoaBien HoaBien HoaBien Hoa
Je me rappelle que lors de ma première visite en 1988, j'avais ramené une bonne bouteille de Saint-Emilion millésimé qui avait fini en plein soleil à près de 40 degrés! Pour les grandes occasions, on tue un cochon de lait qui est ensuite laqué et amené entier. La cérémonie se déroule au milieu des parfums de l'encens que l'on fait brûler sous forme de longues baguettes.
Bien Hoa
Puis tout le monde se retire pour se prosterner une dernière fois devant l'autel des ancêtres situé dans la maison. L'autel se situe dans la pénombre, à l'arrière de la pièce principale qui ne sert que pour les grandes occasions. On y trouve les photos des ancêtres retouchées et peintes à la main (avant l'ère de la couleur et de Photoshop...), des caligraphes gravés dans le bois.
Bien HoaBien Hoa
Petit retour en arrière pour vous présenter mes ancêtres. Le personnage central est mon grand-père paternel.
Bien Hoa
C'est lui dont le portrait trône au centre, entouré des ses deux épouses. La première à sa gauche (à droite sur la photo) qui décèdera de la peste dans la région de Phan Thiet, vers 1910 après lui avoir donné 6 enfants, la deuxième à sa droite, qui lui donnera 6 autres enfants dont mon père, l'avant dernier. Le grand père est un lettré rentré dans l'administration coloniale comme receveur des postes. Il effectuera toute sa carrière comme directeur de différents bureaux de poste allant de Hué à Phan Thiet, Ha Tien, Saigon et enfin Bien Hoa. C'est là qu'il finira sa carrière.
Grand PèreIl décèdera en 1942, deux ans après sa deuxième épouse (ma grand mère). Petite anecdote qui en dit long sur la rigueur de l'état civil de l'époque: son patronyme originel n'est pas Trần mais bien Lê. Tous les enfants nés du premier mariage sont des Lê. Ceux qui naîtront après le remariage portent tous le nom Trần. L'explication de ce changement est un peu floue et mériterait plus de recherche. J'espère que je ne vais pas devoir renommer ce blog: bluelê's blog in Vietnam?

mardi 29 novembre 2011

Il était 23 heures hier soir...

Nous revenions de Cho Ray, le gros "trauma center" de la ville, après y avoir déposé un patient qui présentait une dissection de son aorte (pour les non initiés: dissection aortique = bombe a retardement). J'avais noté une forte affluence de blessés en tout genre dans la grande salle commune ou les patients sont "entassés" les uns a cote des autres. J'ai maintenant l'habitude des urgences de Cho Ray. C'est toujours bondé, mais hier soir ça l'était particulièrement. Après avoir déposé notre patient dans cette "cour des miracles" ou toute la misère de Ho Chi Minh et des environs fini par aboutir, j'ai suggéré à Hai, mon ambulancier, ne nous rendre au meilleur restaurant de Banh Xeo, pour approvisionner l'équipe. Malheureusement, lorsque nous arrivons devant l'échoppe, c'est un rideau de fer qui nous accueille. Il ne reste plus qu'a rentrer le ventre vide. Quelques minutes plus tard, on arrive devant un attroupement. Il fait nuit noire (pas d'éclairage publique a cette heure tardive). Dans la lumière des phares, on aperçoit la moto d'un policier garée en travers de la route. Je comprend qu'un accident vient de se produire. Un camion de ciment et une fourgonnette sont également arrêtés au milieu de la route. Sur la chaussée, on aperçoit deux corps immobiles. Hai me demande si on doit s'arrêter mais sans attendre ma réponse, il a déjà stoppé l'ambulance. Nous descendons. Ca discute beaucoup autour de nous. Il y a beaucoup de tension mais personne n'a osé s'approcher des victimes qui gisent sur le bitume. Un policier fait la circulation et essaye de prévenir le sur-accident. Une première victime est rapidement amenée à l'ambulance, elle est consciente mais a un traumatisme de la face. Pas de risque vital évident. La deuxième est inanimée. C'est une jeune fille d'une vingtaine d'année. Elle était passagère arrière de la mobylette qui s'est fait prendre en sandwich entre les deux véhicules. Ses jambes, ou plutôt le broyat de chair et d'os qu'il reste à la place de ce qui était ses jambes il y a encore quelques minutes, sont complètement écrasées. Je palpe son pouls carotidien, il bat. Elle finit par ouvrir les yeux, elle a le regard vide. Sa vie vient de basculer et elle le sait. Elle ne dit pas un mot, pas un soupir, pas un cri. Elle ne semble pas souffrir et pourtant la douleur doit être atroce. Curieusement il n'y a pas d'hémorragie active. On place tant bien que mal deux attelles de jambe et un collier cervical et on porte la victime enveloppée dans un drap. On l'installe a coté de la première victime (coup de chance, nous avions pris l'ambulance Ford qui peut contenir deux victimes allongées). Je demande à Dao, mon jeune infirmier, de poser une perfusion à la deuxième victime, ce qu'il fait avec succès alors que nous avons déjà repris la route vers Cho Ray. Dix minutes après on se retrouve de nouveau aux urgences. On se fraye un chemin vers la zone qui fait office de salle de "déchocage" (salle réservée aux urgences les plus graves). Notre premier patient qui attend toujours son heure avec son aorte fissurée, nous lance un regard désespéré. On installe notre pauvre jeune femme sur un brancard et on enveloppe très sommairement ses moignons déchiquetés dans des draps propres (il n'y a pas de compresses assez grandes). Nos collègues de Cho Ray posent rapidement une deuxième voie veineuse, et commence antibiotiques et morphine, ils ont l'habitude. Ils ne semblent pas impressionnés par ce type de lésions... Elle finira au bloc opératoire pour une amputation des deux jambes, si elle survit a cette épreuve. Une de plus dirait-on ici ou il existe une certaine fatalité devant ces coups du sort.

Les statistiques officielles font état de deux morts chaque jours sur la ville, victimes de "trafic accident" et environ une trentaine sur tout le Vietnam. Et combien de blessés?

Pour en savoir plus sur le système de prise en charge des blessés sur la ville de Ho Chi Minh et sur une solution originale de transport des victimes par les taxis de la ville, je vous renvoie vers le site de l'AFRAVIETMUR, promoteur de ce projet: http://blog.afravietmur.com

samedi 26 novembre 2011

Petit message personnel

Chúc mừng sinh nhật Adissa...
Tavallodet mobârak Adissa...
Joyeux anniversaire Adissa...

mardi 8 novembre 2011

Congrès Franco-Vietnamien de médecine d'urgence

Affiche congrès Au Vietnam, les besoins en matière de médecine d'urgence sont énormes. Comme ce fut le cas en France jusqu'aux années 90, les urgences sont toujours le "parent pauvre" de l'hôpital. Locaux inadaptés, services surchargés, équipements obsolètes, conditions peu attractives. Cela souligne encore plus le mérite qu'ont mes collègues Vietnamiens à travailler dans ces conditions si difficiles, proches de la "disaster medicine", mais au quotidien. Pourtant il existe des signes encourageant comme l'existence de la société de médecine d'urgence et de réanimation du Vietnam qui vient de tenir son congrès annuel à l'hôpital Bac Mai de Hanoi.
Le 11/11/11 a eu lieu un autre évènement, ici à Ho Chi Minh: le premier congrès franco-vietnamien de médecine d'urgence co-organisé par l'AFRAVIETMUR et l'hôpital Gia Dinh. A cette occasion, trois conférenciers venus spécialement de France nous ont rejoint. C'est une longue période de gestation qui s'achève. Notre association franco-vietnamienne de médecine d'urgence connue sous l'acronyme barbare d'AFRAVIETMUR a vu le jour en juin 2009, à quelques semaines de mon départ pour le Vietnam. A cette époque, nous ne savions pas trop si cela allait déboucher sur quelque chose de concret. Mais après 2 ans de travail et de persévérance nous sommes heureux de vous annoncer l'existence officielle de notre association ici au Vietnam. Certes il reste encore beaucoup de travail avant d'exister durablement ici, mais nous sommes sur la bonne voie.
congrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinh
Retrouvez l'actualité de l'Afravietmur sur son blog: http://blog.afravietmur.com/

congrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinhcongrès Gia-Dinh

lundi 31 octobre 2011

Nam Cat Tien, au coeur des ténèbres.

Nam Cat Tien
Le Vietnam, ce n'est pas seulement Ho Chi Minh et ses 10 millions d'habitants et autant de mobylettes, ses rues encombrées, ses quartiers bruyants, grouillant de monde.
Nam Cat Tien
A seulement 160Km au nord de la mégalopole, je vous emmène au parc national de Cat Tien, sur les rives de la rivière Dong Nai et de ses affluents. Suivant la direction de Dalat, le chemin nous mène finalement à une rivière que l'on traverse en "ferry", traduisez à l'aide d'un vieux rafiot en bois. De l'autre coté, un chemin limité à 13Km/h (!) nous conduit ensuite au lodge.
Nam Cat TienNam Cat TienNam Cat TienNam Cat Tien
Le forest floor lodge vous accueille le temps d'un week end dans une des ses confortables tentes qui surplombe les rapides.
Nam Cat TienNam Cat TienNam Cat TienNam Cat Tien
En cette fin de saison des pluies, le fleuve est à son débit maximum. Un grondement permanent envahit tout l'espace sonore aux allant-tours.
Nam Cat Tien
Tout autour, la forêt est omniprésente. Les essences ne sont pas toutes d'origine, car la zone a été abondamment aspergée de défoliants durant la guerre. Le fameux "agent orange" était en fait un produit chimique conçu par le "génie" américain et destiné à transformer un paysage de forêt tropicale en désert végétal.
Nam Cat TienNam Cat TienNam Cat TienNam Cat Tien
Plus de trente cinq années plus tard la nature semble avoir repris ses droits. On y trouve beaucoup de bambous qui culminent à plus de 15 mètres pour certains, et des ficus grimpant le long d'autres arbres tels de grosses lianes. Il y a des termitières partout, témoin de la présence de ces véritables éboueurs de la forêt. D'ailleurs, on ne trouve que très peu de feuilles mortes à terre.
Nam Cat TienNam Cat TienNam Cat TienOn y croise aussi quelques "fromagers", avec ses racines tentaculaires que l'on peut voir aussi sur le site d'Angkor au Cambodge.
Nam Cat TienNam Cat Tien
On se fraye un chemin à travers cette forêt dense, en évitant de piétiner les multiples insectes qui jonchent le sol dont les fameuses sangsues qui finalement auront raison de mes pauvres guêtres. Certains arbres semblent avoir mis au point un curieux système de défense, fait de pics hérissés le long du tronc, comme pour repousser les prédateurs. Au sol, de petits champignons que la sagesse nous invite à laisser sur place...
Nam Cat TienNam Cat TienNam Cat TienNam Cat Tien

Si l'idée vous en dit, voici le website de ce lieu magique: http://www.vietnamforesthotel.com/

dimanche 16 octobre 2011

Femmes au chantier

Femmes vietcong
Pas de discrimination pour les femmes au Vietnam. Il y a bien longtemps qu'elle occupent des postes habituellement dévolus aux hommes. Rappelez vous ces images de la guerre où l'on pouvait voir ces frêles silhouettes féminines, Kalashnikov à la main.
Femmes au travail
Aujourd'hui, c'est un autre champ de bataille qui attend certaines d'entre-elles, employées sur les chantiers routiers et les immeubles en construction. Il n'est pas rare de voir ces femmes de condition modeste soulever des sacs de briques, porter des gravats, comme le feraient les hommes. Les équipes au travail sont d'ailleurs souvent soit mixtes, soit à majorité de femmes. Souvent occupant les postes les moins qualifiés de terrassement ou de maçon.
Femmes au travailFemmes au travailFemmes au travailFemmes au travail
En voici un aperçu pris sur le vif ce dimanche (car il n'y a pas vraiment de week-end pour les travailleuses de ces chantiers), dans la quartier 7 en plein boom immobilier. Depuis quelques mois, un immense centre commercial est en train de sortir de terre. L'ouverture est prévue pour Novembre et on assiste donc, ces derniers jours, à une certaine effervescence.
Femmes au travailFemmes au travail
Ce chantier est en partie réalisé par une main d'oeuvre féminine. Facile à distinguer des hommes avec leur chapeau conique et leur pantalon de pyjama coloré.
Femmes au travailFemmes au travail
Quel est l'intérêt pour leurs employeurs? Une main d'oeuvre certes peu qualifiée mais résistante. Capable de supporter un travail pénible dans la chaleur, la poussière et le bruit, sans se plaindre, pour un coût peut-être moindre.
Femmes au travailFemmes au travail
Dans quelques semaines, ce vaste mall ouvrira ses portes à d'autres femmes venu y dépenser quelques millions de Dong dans les magasins des grandes marques de luxe. Auront-elles une pensées pour celles qui ont bâti ces murs et ces routes?

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