MoitessierA l'heure où les concurrents de la route du rhum naviguent au large des Açores où des Canaries, je voudrais évoquer un autre navigateur qui, il y a plus de quarante ans, allait écrire une des plus belles pages de l'histoire de la voile. Je veux parler de Bernard Moitessier, l'auteur de la longue route, livre culte pour toute une génération de marins au même titre qu'a pu l'être "Sur la route" de Kerouac pour la "beat generation".
Infatigable navigateur, Moitessier a surtout eu la force et le courage de renoncer à la gloire pour être en harmonie avec lui-même. Lorsqu'en 1969, il décide de faire cap à l'est alors qu'il vient de franchir le cap Horn en tête du Golden Globe, ce premier tour du monde en solitaire et sans escale, il renonce à la victoire qui lui est pourtant promise. On voit mal les Camas et autre Desjoyaux faire la même chose de nos jours...
Si je vous parle de Moitessier dans ce blog, c'est qu'il tira ses premiers bords ici au Vietnam, plus précisément dans la région de Rach Gia, où la famille Moitessier venait passer ses vacances en bord de mer de Chine. A cette époque -nous sommes dans les années 20- la famille Moitessier s'est installée à Saigon où le père tient une entreprise d'import-export. Co Tam, ma tante agée aujourd'hui de 96 ans, se souvenait très bien du petit Bernard et du commerce de Robert Moitessier le père. Bernard, le fils ainé d'une fratrie de 3 frères et une soeur, est donc tout naturellement destiné à prendre la suite de l'affaire familiale. Mais Bernard n'est vraiment pas fait pour les études et ne s'intéresse qu'à passer du temps à bord des embarcations de pêcheurs de la péninsule de Rach Gia. Après quelques temps passé comme contre-maître dans une plantation d'hévéas, il finira par rentrer dans le rang très provisoirement en étant comptable dans l'entreprise paternelle.
Mais les années 40 marquent ici aussi l'entrée en guerre du Japon et le deuxième conflit mondial n'épargne pas l'Indochine. Les Japonais s'installent donc dans la péninsule indochinoise (lire à ce propos le blog de Jean René, qui a vécu cette période:http://jrdekerichen.skyrock.com/ ). La famille Moitessier passe quelques temps en prison, mais à la libération en 1945, le jeune Moitessier alors âgé de 20 ans, s'engage dans la marine comme matelot interprète. La France espère rétablir son rôle en Indochine, mais 5 années de soumission à l'envahisseur Nippon ont définitivement eu raison de son autorité et de son prestige aux yeux des annamites. Moitessier participe quelques temps aux combats contre le Viet Minh, mouvement nationaliste puis communiste créé par Ho Chi Minh à la même époque. Il finit par retourner à la vie civile et entreprend de monter sa propre entreprise de cabotage. Sur les traces d'un autre aventurier-navigateur, Henri de Monfreid, il est soupçonné de trafic d'armes par les autorités françaises et doit interrompre son affaire.
C'est à partir de ce moment qu'il prend résolument la mer et ne la quittera plus. En 1951, il rachète une vieille jonque, le Snark, et entreprend de rallier l'Australie à la voile avec un ami. Leur entreprise se terminera à Singapour car le rafiot prend l'eau de toute part. Il repartira un an plus tard, seul à bord d'une autre jonque qui le mènera jusqu'aux Chagos, au beau milieu de l'océan Indien, rossé à la côte par une tempête.
La suite est une longue histoire qui l'écartera définitivement de son Indochine natale et qu'il faut lire au fil des pages de ses livres qui retracent l'itinéraire de cet homme libre.
MoitessierMoitessierMoitessier