Ce weekend, j'avais donné rendez-vous à Co Ut, littéralement ma "dernière tante", sur les berges de la rivière de Saïgon. Je vous plante le décors: dans le jardin d'une villa-restaurant à deux pas de la rivière, on savoure quelques mets vietnamiens tout en regardant les chaloupes remonter le fleuve.

Lê Thi HiêpAu bout d'un moment la conversation se porte sur Lê Thi Hiêp, la deuxième épouse de mon grand père, ma grand-mère donc. Pour ceux qui ont manqué l'épisode précédant, se référer aux billets du 4 et du 11 décembre dernier. Je vous rappelle que nous avions laissé mon grand père alors qu'il fuyait la peste dans région de Phan Thiet qui venait d'emporter sa première épouse Lê Thi Dâ et une de ses filles.
On le retrouve quelques années plus tard, remarié avec une belle jeune fille de 10 ans sa cadette, fille d'un paysan de Bien Hoa, habitant sur l'autre rive du fleuve Dong Nai.

Il n'existe à ma connaissance que deux photographies de ma grand mère, probablement prises peu après son mariage vers l'âge de trente ans. La photo ci-dessus a sans doute été prise par un photographe professionnel. Lê Thi Hiêp a revêtu pour la circonstance, la fameuse tunique en soie appelée Ao Dai (prononcez Ao Zaï), ainsi que les bijoux de famille. Notez les chignons à l'arrière de la tête. Je vous laisse admirer ses traits si typiques des femmes "annamites".
Lê Thi HiêpSur sa pierre tombale à Bien Hoa, on peut lire sa date de décès le 18 mai 1940 à l'âge de 53 ans, sans doute l'espérance de vie normale pour une femme à cette époque au Vietnam. Co Ut rapporte qu'elle succomba à un accès de dysenterie dont elle était sujette. Peut-être une amybiase, encore si courante de nos jours. Son mari ne lui survivra que deux ans, emporté par une crise de hoquet, selon la version de Co Ut (là j'ai quand même quelques doutes), et toute la "double fratrie" va se retrouver orpheline. Mais c'est une autre histoire.


Co Ut interviewBien qu'âgée de 89 ans, Co Ut conserve une mémoire assez vive qui lui permet d'évoquer ses souvenirs d'enfance. Derrière sa petite voix et ses intonations presque musicales, je vous laisse l'écouter évoquer le souvenir de sa mère et de son père. Petits passages mémorables à propos des enfants "cachés" du premier mariage et du hoquet fatal de mon grand-père déclenché par les durians. je savais déjà que ces fruits typiques du Vietnam avaient des propriétés odorantes particulières, mais de là à penser qu'ils pouvaient entrainer la mort autrement que par asphyxie!?


Cliquez sur le triangle bleu ci-dessous pour commencer l'interview