La vie a donc repris son cours après le têt. Pour des milliers de Vietnamiens, ces quelques jours furent l'occasion de retourner dans leur province d'origine, parfois très éloignée de leur zone de résidence.
Carte Dalat-Phan Rang
Pour ma part, ayant 4 jours de repos, j'avais décidé de suivre ce flux migratoire en direction de Dalat-Phan Rang-Phan Ri-Phan Thiet. Pour ce faire j'avais opté pour le moyen de transport le plus pratique ici: la moto. Bien entendu, cela a demandé un peu de préparation-souvenez vous du billet motard d'un jour, motard toujours, publié le 26 aout 2009, alors que je n'avais pas encore quitté ma Bretagne natale- car le périple fait tout de même plus de 800Km avec deux cols à passer et un altitude de 1500m sur le plateau du Lan Bian avant de redescendre vers la plaine de Phan Rang, en pays Cham, et longer la route nationale n°1 qui descend vers Ho Chi Minh.
Ma Yamaha YBR 125
Pour cela, il m'a d'abord fallu changer ma monture et troquer ma mobylette Taurus, (très pratique pour se faufiler dans le trafic à HCM, mais un peu light pour la route) pour une vrai moto Yamaha YBR 125cc. Pas trop puissante donc, mais suffisamment tout de même pour avaler des étapes de plus de 300Km (distance HCM-Dalat du premier jour). Ensuite il y a eu 3 mois d'apprentissage dans les rues d'HCM pour dompter l'engin (embrayage main gauche) et pouvoir affronter la route. La dernière phase de la préparation a consisté à définir l'itinéraire sur carte (pas de GPS au Vietnam) à m'entourer des avis de mes collègues Vietnamiens qui connaissent cette région comme leur poche. Ainsi Ha m'avait appris quelques expressions pour demander mon chemin: Dalat ơ đâu? et Thach habitant la région pouvait me servir de repli en cas de coup dur. Le choix de la saison sèche me mettait à l'abri des pluies diluviennes de la mousson.
Dau Giay
Me voilà donc parti jeudi matin à la fraîche afin de pouvoir arriver à Dalat en fin d'après-midi. Toi nhí một chúc, petite pause de 20 minutes toutes les 2 heures pour soulager les fessiers. La sortie de HCM est toujours un peu chaude étant donné la densité du trafic mais je suis finalement arrivé sans encombre à la bifurcation de Dầu Giây où l'on quitte la route nationale AH1 pour la QL20 qui rejoint, 230Km plus loin, Dalat situé sur le plateau du Lan Bian. Premier constat, il y a très peu de signalisation sur les routes Vietnamiennes, et le nom des bourgades ou même des villes traversées n'est que rarement indiqué. Seules les bornes kilométriques rouges et blanches (vestige de l'époque coloniale) permettent de savoir que vous êtes sur la bonne voie.
Bobla falls Di Linh
J'arrive vers midi à Madagui (étape à mi-chemin entre HCM et Dalat), le parc où se déroule tous les ans le "Madagui trophy" dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler. Pause d'une heure pour se restaurer et relaxer un peu mes fesses. Les familles vietnamiennes venues en nombre en ce dernier jour du têt, donnent à ce lieu d'habitude si calme, un air de Disney Land. Je repart pour la dernière partie qui sera la plus dure de tout le périple. Le premier col est franchi sans trop de problème, s'ensuit un long plateau qui n'en finit pas. Je fait une dernière pause à Di Linh pour admirer les chutes de Bobla avec leur éléphant en béton!
Dalat
La dernière portion étant rendue difficile par la multitude de cars, minibus et toujours ces dizaines de mobylettes. Je commence à me dire qu'il va falloir trouver de quoi loger tout ce petit monde qui converge au même endroit. La ville est devenue au fil des années, la station kitch du Sud-Vietnam et je ne me fait donc pas trop de souci pour trouver une nuitée dans une des nombreuses Ngha Nhi, ces petits motels en bord de route. Première constatation: il fait froid! On m'avait prévenu mais ça fait toujours drôle d'enfiler la polaire alors qu'il y a encore 2 heures j'étais en bras de chemise. Après une heure de recherche infructueuse, et alors que la nuit est maintenant tombée, il faut me rendre à l'évidence: il n'y a plus une seule chambre de libre sur toute la ville. Je me résous donc à appeler Thach. J'expérimente donc pour la première fois la fameuse expression "J'irai dormir chez vous" chère à Atoine de Maximy, ce célèbre globe trotter caméraman. Hospitalité Vietnamienne oblige: Anh ăn cơm chửa? On me propose de partager le diner. J'essaye de baragouiner quelques mots de Vietnamien histoire de meubler un peu . Comme personne ne parvient à communiquer efficacement avec moi, on me propose d'aller boire un café en ville avec un membre de la famille qui parle français. Malgré la fatigue, j'accepte et on se retrouve donc à la terrasse supérieure d'un hôtel-bar-karaoké dont les Vietnamiens rafolent. Mon unique interlocuteur de la soirée est donc un professeur de langue à la retraite qui parle un français impeccable. Il continue à pratiquer la langue de Molière grâce à différentes ONG dont il sert d'interprète et même pour Canal+ qui fait régulièrement appel à lui lorsque ses équipes de tournage viennent faire des reportages au Vietnam. Il a pu ainsi partir dans les hauts plateaux du centre à la recherche de l'éléphant sauvage!
Comme je lui faits part de mes problèmes pour apprendre sa langue, il me donne littéralement un cours de linguistique Vietnamienne, en m'expliquant que la plupart des professeurs ne savent plus enseigner le Vietnamien. Ainsi le mot "an" (la paix) et le mot "ăn" (manger) ne se distinguent non pas par une différence dans le son A (comme le sous entend le signe inversé au dessus de "ăn") mais par le caractère long ou court de la consonne finale: long dans "an" mais court, presque bloqué dans la gorge dans "ăn". Vous me suivez?
Soirée un peu magique donc, au sixième étage de ce bar karaoké où j'ai simplement regretté de ne pas avoir pris mon enregistreur numérique pour mieux vous faire partager ce moment insolite.