Lang Bang funerals
Après le bestiaire mobile du billet précédent, on reprend la route vers notre destination supposée: le lac Ba Bé. Une petite erreur de navigation va considérablement ralentir notre progression et nous faire découvrir le charme de Vinh Lộc, grosse bourgade de la province de Tuyên Quang.

Lang Bang funeralsUn peu avant, notre route croise une procession d'hommes et de femmes enturbannés de blanc. Il y a là un attroupement autour d'un homme en tenue d'apparat qui récite des incantations devant un autel improvisé en bordure de la route. On s'arrête quelques mètres plus loin et alors que je m'approche, je me rends compte qu'il s'agit de funérailles. Le blanc est en effet ici symbole de deuil. Lang Bang funeralsDes musiciens accompagnent la procession ce qui donne une petite touche joyeuse à l'évènement, même si des pleureuses "professionnelles" se chargent de dramatiser l'évènement. On nous invite à participer au rituel qui consiste, entre autre, à boire un verre d'alcool de riz en l'honneur du défunt, ce à quoi je m'exécute consciencieusement. Au bout d'un moment, la procession revient vers la maison du défunt et commence alors une curieuse ronde autour des offrandes disposées méticuleusement sur le sol, le tout au son entêtant d'une espèce de bombarde nasillarde. Trônant au milieu, un gros cochon rose a été disposé à plat ventre, les pattes arrières écartées! La scène paraît un peu surréaliste avec tous ces gens qui défilent autour de cette pauvre bête qui me rappelle les deux malheureux aperçus le matin même de part et d'autre de leur mobylette.


Voici une petite description des rituels funéraires au Vietnam, tiré du roman "François Phuoc, métisse" de J. Cendrieux aux éditions Kailash (petite maison d'édition basée à Pondicherry):

Ainsi le tam-tam sonore, la clarinette et les cymbales ouvrent la route de l'éternité devant l'âme du défunt. Le convoi funèbre déroule, dans la plaine où le riz verdoie et frissonne en vaguelettes, son long serpent bariolé. D'abord vient l'orchestre dont les accents proclament la joie des vivants: le défunt s'est libéré de la lourde matière et maintenant survole légèrement le village ; le tam-tam et les cymbales, de leur voix profonde et sourde, savent mettre en fuite les mauvais Esprits.
Cet orchestre est suivi des enfants porteurs d'offrandes funéraires: un porc rôti tout entier (...), et des fruits, reposant sur un lit de dentelle de papier. (....) Derrière, avancent, poussant des cris aigus, vêtues, en signe de deuil, du caikhan, les pleureuses et les parents affligés. Enfin la foule qui suit le cortège : on bavarde et, secrètement, l'on suppute le nombre de cochons rôtis et de bouteilles d'alcool "ruou" que ce soir on savourera ; hommage ultime à la mémoire du défunt.